La France est n°1 mondiale… en termes d’incidence du cancer du sein. Ce constat « préoccupant » a été rappelé par la Pr Carole Mathelin, cheffe du service de chirurgie de l’Institut de cancérologie de Strasbourg, qui préside depuis janvier l’Académie nationale de chirurgie, en introduction d’un point presse organisé le 9 avril. L’Académie consacrait ce jour-là une séance spéciale aux enjeux de la recherche en santé environnementale. Si des facteurs de risque comportementaux sont déjà bien connus et avérés, comme le tabagisme, la consommation d’alcool, l’obésité et la sédentarité, la proportion de 10 % de cancers attribuable aux expositions professionnelles et à l’environnement est « probablement sous-estimée », indique la Pr Béatrice Fervers, oncologue, directrice du Département Prévention Cancer Environnement du Centre Léon Bérard à Lyon. « Pour environ la moitié des femmes souffrant d’un cancer du sein, on ne peut pas identifier de cause évidente », ajoute la Dr Meriem Koual, chirurgienne gynécologue spécialisée en cancérologie sénologique et gynécologique à l’Hôpital européen Georges Pompidou et chercheuse à l’Université Paris Cité, coordinatrice de l’évènement.
Un « faisceau d’indices » conforte en effet le poids des facteurs environnementaux. Carole Mathelin cite ainsi les résultats de diverses études épidémiologiques, montrant que des femmes migrantes, sans changer forcément leurs habitudes alimentaires, acquièrent au bout d’une quinzaine d’années le même niveau de risque de cancer du sein que les femmes autochtones ; ou encore que des lieux de vie différents impactent le risque de cancer de jumelles ayant le même patrimoine génétique. Un surrisque a aussi été observé chez des agricultrices utilisant des produits phytosanitaires.
Pour tenter d’apporter des preuves plus concrètes, « nous avons en région Grand-Est mené une expérimentation auprès de femmes opérées pour un cancer du sein. » Avec leur consentement, 578 perturbateurs endocriniens, 4 PFAS et 30 métaux ont été dosés dans des échantillons de tissus tumoraux opérés, « un processus très compliqué à mettre en œuvre ». Les résultats montrent le « niveau d’intoxication » des cellules des patientes. « Quatre perturbateurs endocriniens nous paraissent dangereux ; les quatre PFAS dosés, qui n’ont pas le même site de fixation tumorale ni le même mode d’action, peuvent tous être incriminés. Six métaux nous paraissent également présenter un danger », rapporte Carole Mathelin. Un article présentant ces premières données « vient d’être refusé par une revue scientifique américaine… mais je vais le resoumettre ! Ce sont des études prospectives intéressantes qui nous donnent des pistes pour des actions de prévention primaire. » Les chirurgiens opérant les cancers du pancréas, également en augmentation notamment chez les jeunes, ont aussi été incités à effectuer ces mêmes dosages.
L’académie de chirurgie alerte sur l’impact des facteurs environnementaux sur l’incidence des cancers, un enjeu de santé public sous-estimé, mais sur lequel l’apport de preuves définitives est particulièrement complexe. Tous les outils de recherche doivent être mobilisés.